Voir & dire

Publié le par M. AFRYC

D'autres l'ont mieux écrit, l'observateur, par sa seule présence modifie ce qu’il observe et son environnement. Ses descriptions ne sont jamais que ses interprétations de ce qu'il voit et considère comme réel, habituel. De plus, la personne observée n'agit pas à son habitude mais comme si l'observateur n'était pas là : essayez de poursuivre votre rédaction comme auparavant lorsqu'un curieux vient derrière votre épaule lire votre texte, ou seulement regarder ce que vous faites ! 
 
Je ne puis donc décrire la réalité mais seulement ce que je vois d’une réalité que ma présence perturbe ! Ce que j’en vois et ce que j’en comprends !
L’essentiel est de ne pas juger, c’est moi l’étranger ici, c’est moi le cheveu dans la soupe ! Pour m’enrichir de cette vie de rencontre, il me faut être neuf ; il me faut laisser préjugés et habitudes, il ne faut pas regarder à la manière d'un touriste qui vient avec ses comparaisons, d'un marchand qui suppute le nombre d'objets à placer là, du politique ou du religieux qui veut imposer sa vision des choses… 
 
Comme un écureuil accumule les graines de rencontre, je récolte les images, aligne les questions, rejette à plus tard le choix d’aimer encore, juger indifférent ou détestable, garder ou jeter !
 
Un vélo est couché sur le trottoir, un chien est couché juste derrière et leurs positions donnent à penser que l'un est le reflet vivant de l'autre ; de mon étage, j'aurais bien pris un cliché mais ceux qui jouent et ceux qui regardent les joueurs auraient pu se croire mis en boite, je n'ai pas de cliché de ce vélo rêvant sur le trottoir qu'il est un chien !
 
Nous sommes partis visiter Ganvié, cité lacustre dite Venise africaine !  Déjà, l’accès aux pirogues est pareil à une soue, puis : pour trois africains, le passage est de 900 F mais pour trois dont un blanc, c'est 15 150 F ! Nous n'avons pas vu Ganvié mais avons profité d'une heure de bon air gazoliné pour 1 200 F de taxis !
Ce matin, pluie, vent, tonnerre, pluie ; drue, rafaleux, violent, balayant la vitre comme d'un seau jetée ! La rue est noyée, une voiture cahote, plongée à mi roue ; des enfants vont à l'école à dos de mères, cachés sous un imper unique, une seule paire de pieds mouillée ; un parapluie bariolé passe, serein et majestueux ; l'autre bord de la rue semble une plage de sable jaune ! Il voulait me faire voir une cité lacustre, est-ce nécessaire ?
 

Publié dans carte postale

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