Vivre entre pavé, goudron et latérite,

Publié le par M. AFRYC

Poussé dans la campagne, entre pavé et goudron, un quartier neuf pour gens nantis si ce n’est fortunés, résidentiel et doté de plusieurs complexes scolaires privés aux noms pompeux, aux uniformes variés : « La grande Académie », « L’Intelligentsia », « La Référence »    !
 
De ce côté-ci du pavé, c’est un lotissement, chaque maison porte le même uniforme : toits d’ondulé vert ou rouge latérite, peintures beige (du beige rosé crème au beige brunissant), mêmes variétés d’arbres en bordures, même globes sur les murs de clôtures pour éclairer (trop) les imperfections du sol, parfois une moumoute de fil de fer hallebardé plus que barbelé les surmonte (gillettisé serait mieux, tant cela semble propre à lacérer, taillader). Dans chacune, les lits dorment aux mêmes endroits, sous des appliques identiques qui donnent plus d’ombres que de clarté, les salons siègent de même entre la porte d’entrée et la prise de télévision… les mettre ailleurs serait aussi hérétique que  difficile ! 
 
De l’autre côté du pavé on semble avoir laissé le choix entre trois ou quatre modèles qui s’assemblent ou se dispersent au gré des propriétaires, les constructions sont plus hautes, coiffées de tuiles et semblent plus massives malgré les toits dissymétriques, les terrasses, les colonnes..
 
Il semble qu’il y a un plan de base à partir duquel chacun fait selon sa fortune, son besoin ; des portes s’ajoutent sur un dessus de garage qui devient terrasse, de vraies fenêtres remplacent les nacos… Il y a même des demi-maisons, elles s’arrêtent à la faitière et sont closes d’un mur aveugle sur la moitié manquante !
 
Ce matin, j’ai d’abord vu une façade et j’ai reculé ! Mais c’est toute la maison, toutes les choses maçonnées de cette concession qui sont ainsi peintes d’un rose agressif, corrosif à hurler ! Une injure au bon goût qui mériterait un procès !
 
Ailleurs, une pause de trésorerie a livré les murs aux herbes sauvages, des chicots noirâtres surgissent par les trous de cette couverture volubile, vert violacé, et son abondante floraison mauve. Pourquoi ai-je pensé à Tikal en ces jours lointains, aux sandales sonores du garde qui m’avait surpris au sommet d’une pyramide, au soleil levant ?
 
Des grilles et des portails prétentieux, dont les noirs à motifs saillants et pointes de flèches dorés ; un peu cimetière mais j’ai vu les mêmes aussi au Sénégal, alors je ne sais pourquoi mais cela plaît !
 
De l’autre côté du pavé qui est au-delà du pavé, plus d’espace et plus de prétention !   Certes, il y a des idées et ce serait sans doute beau, mis en valeur, isolé dans un plus grand espace encore. A voir certaines constructions lourdes, massives, dont les balcons surplombent le mur d’enceinte, je me suis pris à imaginer le Taj Mahal enfermé dans une enceinte poussée à trois ou quatre mètres de ses murs, et qu’on ne pourrait contempler qu’avec moins de dix mètres de recul par-dessus cette enceinte. Que serait Versailles avec un mur d’enceinte de trois mètres à deux mètres devant ses fenêtres ?
 
Des espaces réduits, des fenêtres trop petites perçant les murs, tout cela manque d’air et d’harmonie ! C’est en fait comme ces cercueils qui s’exposent entre les meubles de styles variés où ils ne déparent pas, mais destinés à être enclos dans un petit espace !
 
Des parcelles non construites portent le nom de leur propriétaire ; du manioc, du maïs ou des gombos y poussent, des poules et leurs poussins grattent le sol, des creux en bordure de voie servent de dépotoirs.

Publié dans carte postale

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