Pas à pas avec mes tongs,

Publié le par M. AFRYC

Un petit garçon, adossé à son portail, m’a demandé « tu veux me faire peur ? » je m’interrogeais sur le sens de cette question quand la servante passant le nez à la porte le rendit fanfaron : « parce que tu ne me fais pas peur ! Pas peur du tout ! » puis, vite il rentre ; des fois que, on ne sait jamais !
Mais que lui dit-on pour qu’il m’interpelle ainsi,… que les blancs sont dangereux, méchants, perfides, voleurs d’enfants et d’âmes ??.
 
Cet après-midi je suis allé promené mes tongs (ou l’inverse) dans le bas du quartier, vers les bas-fonds en bordure de lagune ; des arbres dont beaucoup poussent en liberté hors des murs, maisons sans enceintes en sorte que je ne savais plus parfois si j’étais encore sur la vons ou si mes pas m’avaient entraîné dans une cour de concession… tout est uniformément balayé, des poules, des moutons et des tribus de cochons fouillent ici et là… 
Ceux (& celles) que je croisais me retournaient mes bonsoirs ; certains petits n’avaient jamais croisé un yovo de si près et me saluaient de loin quand la fuite était encore possible, d’autres, poussés par des voix venues de l’ombre des portes avançaient en écarquillant les yeux autant qu’ils devaient serrer les fesses et se détendaient à mon bonsoir souriant, certains poussaient l’audace jusqu’à venir toucher ma main (les héros, demain à la récré, s’ils en ont !).
De gros fagots de branches feuillues ou de palmes bordent les vons ; un ‘vieux’ me parle de cette placette sous l’arbre où l’on vient parler et rigoler ; il me dit que ces fagots servent à confectionner des pièges pour les poissons (kayadjas ?). 
J’ai suivi un de ces fagots de palmes ; les jambes au-dessous avaient ce rythme de mi-course, ce trottinement qui joue avec le balancement de la charge sur la tête et fatigue moins, ce rythme croisé sur des sentiers guatémaltèques… 
Dédale de latérite entre des murs de terre crue, un murmure me précède et des têtes paraissent aux fenêtres et aux portes, je laisse mon sac de bonsoirs bien ouvert ! Quelques autels vaudous, des ruisseaux d’eau sale, de grands arbres, un dépotoir, odeur forte et l’on débouche sur une mer de roseaux sans horizon, un chenal, quelques pirogues vides, une autre se remplit de fagots :tel un antique char de foin flottant…   un jeune m’aborde, demande ce que je veux, ce que je cherche...  ce chargement est destiné à Ganvié, il me dit ses maisons particulières et souligne qu’on y rencontre des yovos (qu’est-ce que ça peut me faire, je ne suis pas ici pour en rencontrer,) puis, voyant sans doute qu’il n’obtiendra rien de moi il s’éloigne. 

Sur un tronc couché, trois vieux (enfin, vieux… disons des plus de quarante ans !) me saluent et l’un d’eux demande quel cadeau je leur ai apporté, (cette manie ! et je n’ai même pas quelques verroteries ou bouts de miroirs sur moi !) ils ne croient pas mon « rien » mais sourient … 
 

Publié dans carte postale

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