Pas d'éclipse pour les maçons,

Publié le par M. AFRYC

Des maçons font des agglomérés qui feront des murs, je les vois qui me voient et nous nous saluons de la main quand je suis sur la terrasse ; ils travaillent ici pour ce chantier ailleurs une autre fois mais presque toujours sur la voie publique où les camions déposent leurs tonnes de ciment, de sable ou de gravier, ici les agglos sont mis à sécher à l’intérieur, ailleurs c’est encore sur la voie publique, où ils peuvent être détournés pour servir de siège, de calle ou de cric.
Quand je suis passé près d’eux, l’un m’a invité à me « déposer là » en montrant les marches en face, son comparse est parti d’un clair éclat de rire, il riait encore en revenant d’avoir démoulé leur agglo et m’a invité à m’asseoir. Le premier m’a remercié lorsque je suis reparti ; vaste Dieu, merci de quoi ? 
On me dit qu’une journée de 10 heures se paye 750 Fcfa (1€14) auxquels il faut enlever les 2/3 pour manger, et même si la souplesse du geste le fait paraître aisé et lent, la nappe d’agglos grandit, on ne chôme pas, les muscles peinent !
Les candidats ne manquent pas ; chacun s'accroche donc à son manche de pelle, son niveau ou sa brouette, en attendant mieux...
 
On avait parlé d’une éclipse de lune, qu’il ferait froid, qu’il faudrait veiller très tard… Saluer madame la lune n’est pas pour me déplaire d’autant qu’en sa plénitude, lorsqu’elle épouse le soleil, je dors peu ou mal ; j’ai donc abandonné mon coturne à sa douce torpeur et je suis monté sur le toit.
Le ciel était clair, l’air doux ; des crapauds sciaient de concert : shii-rheum, shii-rrheum… Et la nuit passait et j’étais bien sur mon toit, allant et venant ou allongé, le nez sur la lune… Point d’éclipse, me serais-je trompé de jour, ou ce phénomène n’est-il pas visible sous cette latitude si éloignée de la Bretonne Laouen ?
Il m’est revenu en mémoire cette autre soirée, sénégalaise, où l’on vit la lune se faire croquer par je ne sais plus quel démon ; la proche mosquée ronronnait, on en avait réouvert les portes pour prier et éloigner cette démoniaque manifestation ; l’un de mes hôtes disait ne pas croire ces fadaises, mais il n’en a pas moins tapé fort dans ma réserve ginique pour se donner du courage ou se rassurer… un djinn, par bonheur, veillait au niveau de ma réserve !
Sous gin, cet ami osait dire les choses sans périphrases ni appels aux symboles ; là, c’est la peur d’être sodomisé et que ça se sache qu’il évoquait… Pour les autres, je crois que la simplicité du phénomène les effrayait davantage que l’allusion aux démons mangeurs de lune.   

Publié dans carte postale

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