Sauf que,

Publié le par M. AFRYC

Sauf que je ne suis pas un colonial de cette époque, sauf que je ne suis pas assis sous une véranda à siroter et fumer, sauf que ce ne sont pas des fauves que j’entends crier, sauf que je ne tape pas sur une vieille Underwood, ou ne joue aux cartes avec quelqu’autre, critiquant et attendant, sauf que ce n’est pas une lampe tempête qui m’éclaire…
 
Mon visa est marqué « touriste » ce qui veut tout et rien dire, mais je ne suis qu’un passant c’est vrai ! Je ne dispose pas d’une véranda mais j’ai le toit-terrasse à ma disposition, juste assez haut pour se faire très mal en tombant ! Je ne sirote rien, c’est du thé vert que je bois mais j’ai de la bière qui tiédit sous l’évier (pas de frigo) pour plus tard, peut-être ; je ne fume pipe ni cigare (ce temps passé dont je rêve parfois) ! Ce sont des gamins qui crient et aussi un adulte qui les excite et les délaissera quand ils seront bien énervés et en forme pour polluer ma soirée de cris et de pleurs ! C’est le clavier d’un moderne outil dont on ne doit pas dire le nom que je caresse pour transcrire mon humeur !
 
La lune est noire et, lorsqu’elle est ainsi mes nuits virent au blanc et mon humeur l’imite, elle ! De plus, ce soir de gros et lourds nuages noirs se rassemblent et le vent tourne qui porte déjà la chaleur moite d’un orage en préparation. 
 
Sauf que mon siège est tout sauf confortable, c’est un sol de béton brut, pas même lissé ; sauf que la fumée qui monte de mes doigts n’est qu’un rêve de chanvre imaginaire ; sauf que c’est toujours du thé qui tiédit ma tasse ; sauf que la forêt est loin, les arbres que je vois ne sont qu’une bande, juste un bois, un laisser-pousser civilisé…
 
Tout cela me ramène à l’atmosphère de certain roman de Graham Greene dans lequel l’intrigue se construit autour d’un orage en préparation, quand tout semble arrêté, immobile, en tension, (attente tendue des musiciens du signe qui les délivrera) et aboutit lorsque l’orage éclate... D’autres ont aussi utilisé ce genre de tension grandissante jusqu’à l’apaisement de l’orage qui éclate enfin… pas très loin d’un orgasme tout ça !
 
Souvenirs de ses lectures d’adolescent d’un jeune retraité, seul sur un toit, un soir de nouvelle lune, l’orage grondant tout autour, d’humeur maussade…  
Des flammes rouge sombre dépassent soudain le toit voisin, cela crépite et sent le pneu brûlé, c’est encore un malin qui a mis le feu à un tas d’ordure… un manguier crie tandis qu’une flamme grimpe sur son flanc qu'elle dévore…
Voilà qui n’est pas fait pour arranger mon humeur, vivement qu’il éclate, cet orage !
 
L’orage est passé, sans éclater, l’air est toujours électrique, insatisfait et inassouvi ! La sueur coule sans effort… En-bas, pêle-mêle, le bruit d’une radio et le ronflement d’une conversation, quelque part un hibou, quelques éclairs de clarté reflétée quand passe un oiseau, une chauve-souris au vol ivre, saccadé et heurté !
La bière ne tiédira pas plus !
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Publié dans Humeur

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