Celui-ci qui vient de s'acheter une bouteille de sucré-gazeux et qui s'applique à la branler pour en éliminer les bulles, pourquoi pas si l'eau en bouteille est plus chère qu'un soda !
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Ils les appellent claquettes ou tapettes et nous les disons tongs. On les entend faire sccrritche sccrritche ou ssffritchh-ssffrritch et parfois éternuer un tchang ! Les miennes font tong- tong, tong- tong, parfois l’une dit tang à l’autre qui répond tong ! En idiome local, elles font clep-clap, clep-clap et c’est ainsi que s’annonce mon approche !
Ce sont elles qui me conduisent ici et là, cahin-caha de vons en pavé et de pavé en goudron, s’arrêtant ici ou là pour que j’écoute et contemple. C’est un peu leur histoire que je veux dire, sans ordre, au hasard des cartes ; je ne suis pas un touriste non plus qu’un explorateur et les notes que je prends sont impressions et sentiments fugaces d’un instant, d’une chose sans doute bien ordinaire mais que l’ambiance éclaire d’un jour particulier. Ce sont des instantanés bavards comme des cartes postales.
Quand on me demande ce que je viens faire ici, si ce sont des affaires (terme honni d’autant plus qu’il a très souvent une connotation d’arnaque), du prosélytisme ou du tourisme, je dis seulement que je viens vivre ici avec les gens qui vivent ici et qui m’acceptent dans une relation de partage.
Je ne ‘fais’ pas du tourisme, je ne viens pas pour avaler des kilomètres de paysage. Je ne viens pas apporter quelque « Bonne Nouvelle » non plus que faire de l’argent de quelque manière. Je viens ici vivre d’une autre façon que ‘là-bas’ d’où je viens, de la manière la plus proche de celle des gens qui me reçoivent.
Et je raconte, ici, un peu chaque jour, sans chronologie, sans ordre ; je flâne là et rêve ici !
Ce kilomètre vers le cyber s'étire, s'étire, dilaté du bonheur d'avoir chaud ! (trop chaud ?)
Mais fondent en chemin les idées, même écrites car l'eau qui me coule dans les yeux fait fondre aussi l'encre sur ce papier.
Et puis aussi, le manque de réaction n'encourage guère à l'effort.
Mais reviendra le temps de lire et celui d'écrire car les tongs qui me mènent me font voir encore bien des choses, parfois piquantes comme un pré fauché de près, mais plaisantes si l'on veut les
voir ainsi !
J'attendais une voiture au coin d'un pont au dessus d'un canal d'eau sale. La voie pavé s'avance de quelques mètres dans la
vons transversale, puis c'est le sable et les flaques, les mares d'une pluie récente, les bosses et creux, les trous des vons ordinaires.
Étendu au bord de ce bout pavé, un carré de tissu ; quelques mesures de maïs y ont été mises à sécher ; de l'autre côté de la vons, une bonne dame veille à son 'restaurant par
terre', le maïs est à elle !
La lèvre au ras du pavé, une escouade ovine parait, uniforme blanc sale marqué de noir ; les grains sont tentant, on veut s'installer mais des cris inquiètent et le bâton de la dame approche,
vite, on s'esquive ! Mais on revient bientôt, décidément ce maïs a un goût qu'il faut absolument préciser ! Alors, je m'approche et leur 'sémaphore' d'aller voir ailleurs ! Ils
relèvent la tête et s'offrent un petit trot bancal qui fait fumer la vons !
La bonne dame me sourit avec de grands gestes qui disent merci ! Assis devant sa porte, un ancien rit, des enfants surpris font 'balle au sol', les passagers du pavé se
retournent...
Auto-proclamé bénévole du Groupe de Défense des Grains de Maïs, me voici reconnu, agréé !
D'abord, acheter une parcelle !
Planter la plaque titre de propriété !
Construire un mur de clôture :
Achat des ingrédients divers et dépôt. Fabrication des agglomérés.
Empilement et attente.
Faire des fouilles et bétonner. Attente.
La longueur à clore est : sur 10 rangées, 7 agglos par rang, un espace, 7 agglos, un espace, etc... Ensuite, si cela n'a pas été fait lors du ferraillage des fondations, pose d'ossature
dans les espaces, coffrage, coulage de béton, décoffrage, c'est bon !
Chaque étape est suivie d'une pause plus ou moins longue parce que tel gâche-béton ou aide maçon indispensable est sur un autre chantier ou que le bâtisseur est en attende de fonds ...
Un jour une maison sera là !
"C'est une mesure disciplinaire traditionnelle des sociétés de l'Afrique de l'ouest et beaucoup d'Africains acceptent ce châtiment
par respect envers la tradition."
Lit-on dans Wikipedia.
Ce moyen moyenâgeux de donner une leçon, de punir l'erreur, pour éduquer à ce qu'on prétend :
"Tu as mal fait, ou tu as désobéi, je te tape ! J'espère que ceux qui rient de tes grimaces et de tes pleurs augmentent ta honte et qu'ils craindront mon autorité ! Ton intelligence,
je m'en moque !"
Mais est-il bon de rabaisser quelqu'un d'intelligent au rang le plus bas de bête sans éducation ? Pol-Pot, Jeunesse Maoïste et révolution culturelle ...
C'est la cascade de réaction à l'autorité subie : le mari humilié, exploité par son employeur ou la société se retourne contre sa femme ; la femme battue, frappe l'aîné qui frappe le cadet qui
tape le chien, le mouton ou le plus petit que lui... et les pierres volent contre l'oiseau posé, le margouillat tranquille... ou bien, faute d'argument frappant, on pleure, trépigne
et hurle...
La morale, la notion de bien et de mal, je l'abandonne à ce chef de train, à qui, wagon, je suis accroché ; j'abdique mon autonomie, mon libre arbitre même.
Ô mer, je suis une épave que tu promènes et déposes à ton gré.
Mer, Ô mère, je m'abandonne à toi !
J'en ai vu bien d'autres déjà mais celle-ci fut particulière. Des gouttes éparses m'avaient fait accélérer le pas et j'étais au
cyber lorsque la pluie, la vraie pluie, a commencé. Des gouttes de plus en plus grosses éclatant sur le perron ; des gouttes de plus en plus pressées qui deviennent eau pareille à
celle jetée d'un seau ; de l'eau sans gouttes comme d'un fleuve coulant du ciel à ce coin de terre.
Puis, cela redevient pluie en gouttes serrées et puis gouttes et vapeur montant du sol. Et cela recommence et le fleuve
revient.
Je vois cela par la porte, je vois les palmiers disparaître de l'autre côté de la route et les motards abandonner leurs engins et venir
se réfugier sous l'auvent et jusque dans cet accueillant espace (occasion de voir ce qui se dit sur le net, par-dessus les épaules des clavardeurs...) ; cela dégoutte, dégouline et
flaque !
Et puis ce fut fini ! Et alors, vrombissant de nouveau, les motos ont envahi la route et ce fut deux murailles, deux chaînes bruyantes et infranchissables entrecoupées de camions et de
voitures ; bien fou celui qui aurait tenté la traversée !
Mais ce ne fut fini que pour ce moment là !
Quand j'ai pu traverser et trouver un taxi pour aller à ma course, j'étais presque revenu à la maison et mes lunettes étaient embuées des larmes du temps ; à peine reparti, les essuies glace
ont été à la peine, pluie à l'arrière par les vitres qui ferment mal ! Et, tout soudainement, grand soleil sur la place où j'allais !
Au retour, alternance encore de pluie et de sec, vitres fermées le taxi devient une étuve humide, il faut ouvrir pour chasser la buée, accueillir la pluie ou l'air
humide !
Enfin, de retour derrière ma vitre, je regarde le ciel s'épancher sans se vider ; du linge mis à sécher sur un toit voisin s'accorde un rinçage supplémentaire ; l'eau des vons se mêle à
l'eau des cours, certains seuils sont sous l'eau de même que les gués de fortunes. Des ruisseaux irisés coulent un peu partout abreuvés par l'eau saturée de carburants et de
suies... Tout finit là où l'eau stagne, cela restera dans le sol où quelqu'un plantera peut-être une tomate, un manioc, où grattent et mangent les poulets ; et la monnaie sera
rendue à l'homme dans l'eau de son puits !
Pendant plus d'une demi-heure, cette dame n'a pas cessé de parler, laissant à peine le temps au chauffeur le temps de répondre ; mutisme obligé des trois autres passagers.
J'attendais un taxi ! A ceux qui ralentissaient je donnais ma destination ils hésitaient à peine avant de réaccélérer. S'il existe un service de taxis, il est évident qu'un taxi n'est pas là pour rendre service ; c'est le gain qui compte, pas le client !
Celui-ci s'est arrêté ; trois dames dont une avec deux enfants sur les genoux derrière et une autre devant. D'autorité, le chauffeur me libére une place à l'arrière ; on se serre fort, devant ! Mais, lorsque le chauffeur a voulu embarquer encore un apprenti et son matériel, ce fut la révolte : celle dont j'avais pris la place a quitté la voiture, est partie sans payer et la révolte des dames a interdit à l'apprenti de monter !
Sur le parvis de la station, un camion somnolait en attendant une roue ; sur la nationale, la circulation était assez fluide ;
j'étais là et discutais (enfin, j'écoutais) avec un expatrié des avantages de la vie en Afrique par rapport à l'Europe, quand un bruit de tôle froissa son discours.
Une moto, bleue, glissait sur le bas-côté ; en avant d'elle une masse jaune pirouettait, roulait sur le sol et restait immobile ; plus en avant, une masse sombre
disparaissait.
Un zémidjan, un taxi-moto, un jeune à ce qu'il m'a semblé, peut-être un de ces diplômés sans emploi qui a troqué son doctorat ou sa maîtrise contre une licence de taxi plus apte à lui assurer un
revenu.
Il est là, allongé perpendiculaire à la voie, casquette blanche vissée sur le crâne au ras du goudron et le surtout jaune bien visible sur le sable gris. Une voiture passe, une moto fait un
écart, un fourgon marqué d'une croix rouge ne ralentit pas, d'autres voitures, d'autres motos passent dans un sens, dans l'autre. Certains ralentissent assez pour mieux voir l'homme à
terre, solitaire, et puis s'en vont !
Un zémidjan s'arrête enfin, un autre motard, d'autres motards, des piétons... on s'agglutine autour du corps comme mouches sur un déchet... une bonne-dame vient avec son éventail et fait de
l'air ! Au sol on ne bouge pas ! Un zémidjan donne du sifflet et invite à circuler, mais des motos s'arrêtent le temps de voir et d'enfumer.
Je songe à ce documentaire vu dimanche d'une famille d'hippopotames rendant hommage à un bœuf tué dans la nuit, le léchant puis s'allongeant autour de lui pour deux heures. L'hommage aux
défunts n'est-il pas considéré comme le début de la civilisation ?
Une bonne demi heure plus tard, un fourgon de pompiers, sirène geignarde, manœuvre et s'arrête, on en sort une civière, la foule à peine s'écarte de ‘son' blessé, la civière est chargée
d'un corps inerte, un pompier coupe la circulation tandis qu'un autre amène la moto jusqu'à la station. Gyrophare et sirènes n'aident pas vraiment à s'insérer dans la
circulation. Sirène hurlante, un transporteur de fonds quitte la banque, son blindage s'impose, il poursuit sa route.
Peu à peu les quelques dizaines de badauds reprennent leur voie. Moi, j'étais déjà rentré, je parlais avec cet ami dont une plaie finit à peine de cicatriser au sommet du crâne, qui boite encore, ce spectacle remue des souvenirs en lui. Je n'ai pas même essayé de traverser la route, je ne suis pas de taille à m'ouvrir une ‘fenêtre' et je n'étais plus nécessaire ensuite.
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